31 janvier 2007

Eminem Presents The Re-Up (Shady Records)

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Eminem est un rappeur de talent. À voir le nombre d'albums vendus — ses quatre parutions officielles réunies sont certifiées 25 fois platine — et tous les prix qu'il a reçus depuis ses débuts, faudrait sérieusement être de mauvaise foi pour prétendre que c'est un coup de chance. Cependant, de la chance, il en a eu comme tout le monde, comme tous ceux qui travaillent pour arriver à leurs fins du moins. La nuance change bien des choses. Il était mûr lorsque Dre l'a pris sous son aile. C'est beau les campagnes de marketing, mais ça prend davantage pour réellement durer dans la jungle du rap. Ce vrai talent qui sépare les feux d'artifice des pétards mouillés, Eminem l'avait et l'a toujours. Il a légèrement ralenti depuis le temps, mais demeure une valeur sûre au micro.

Le bas blesse ailleurs dans son cas. C'est beau de vouloir porter tous les chapeaux en même temps, mais ça finit par diluer le potentiel. À moins de s'appeler Dr Dre et encore... Pour dire, Marshall Mathers en fait peut-être un peu trop. Sur cette nouveauté par exemple, il produit presque tous les morceaux, c'est correct, mais rien pour écrire à sa maman. Il veut donner une tribune à ses copains, c'est correct, mais plusieurs d'entre eux n'ont pas nécessairement beaucoup de fraîcheur à offrir. Ça me fait penser à son bon ami 50 Cents. Il est bon 50, mais son crew, G-Unit l'est moins. De la même façon qu'il est bon Eminem, mais son crew restera toujours une coche derrière. Vous voyez le topo ? C'est une compilation concoctée par Shady qui met en vedette deux éléments ordinaires, ses amis et ses beats. Il a les moyens pour ce genre de projet, mais une vision innovatrice en la matière ? Pas convaincu. Si vous êtes un inconditionnel peut-être, sinon, c'est loin d'être nécessaire...

23 janvier 2007

Peanut Butter Wolf Presents Stones Throw Ten Years

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« I don't put out what I think the people will like, I put out what I like. » Ces paroles pleines de signification viennent de la bouche de l'homme qui a inspiré les mots que vous vous apprêtez à lire. Le seul et unique Chris Manak a.k.a. Peanut Butter Wolf. Le fondateur et grand manitou de mon étiquette favorite, la californienne Stones Throw Records. Dix ans déjà pour cette entreprise lancée avec bien peu de moyens à l'époque et qui figure aujourd'hui parmi la crème de la crème des indépendantes. Alors là, c'est un événement important que je me dois de souligner !

Jusqu'à maintenant, le moins qu'on puisse dire est que sa philosophie est payante, pour nous et nos tympans j'entends. Pour lui ? Ça doit commencer à rapporter du bon blé et il le mérite amplement. Il a toujours fait passer la musique avant la finance. N'importe qui s'intéressant à ses produits un tantinet le sait fort bien. Le monsieur, agissant à titre de producteur exécutif sur chaque disque, ne sort que de la qualité. Point final ! Du matériel, somme toute, résolument tourné vers l'avant-garde, bien loin des simples modes qui vont et qui viennent. En avoir les moyens, j'achèterais littéralement TOUT ce qui sort de chez lui. Ça peut paraître excessif pour certains, mais c'est vous dire à quel point, en général, j'aime le produit offert.

Je vous ai dit que j'aimais Stones Throw ? Oui, d'accord, ça devient casse-pieds à la fin... Je change de disque. Mais ça dure depuis quand au juste ? Depuis que ma copine de l'époque, une certaine Maude, grande fan de rap en ce temps, revint chez nous un soir de 1998 avec cette curiosité : My Vinyl Weighs A Ton, d'un certain Peanut Butter Wolf... Je l'insère dans le lecteur de vous savez quoi et paf, quelques chansons après, la révélation. Je venais très sérieusement de tomber sur un excellent filon. Vrai qu'elle a toujours eu du goût cette petite ! Je parle de musique bien sûr... Néanmoins, cette fameuse soirée a modifié le portrait musical de ma vie pour toujours. Je n'ai pas vu cette fille depuis des années, mais je visite le site internet de Stones Throw presque chaque jour.

Tout ça nous mène donc à aujourd'hui et au lancement de cet album commémoratif. On parle de 25 chansons. Jaylib, Peanut Butter Wolf, Quasimoto, Madvillain, J Dilla, Wildchild, M.E.D., Oh No, Madlib, Dudley Perkins, Kazi, Percee P, Koushik, Aloe Blacc, Lootpack et quelques autres... Une véritable salve de missiles ! En plus d'artistes à découvrir tel que : Stark Reality, Mr. Magic ou Gary Wilson par exemple, qui font des trucs beaucoup plus instrumentaux, éclectiques et funky. Tout ça et plus pour un appréciable total de 76 minutes où se mêlent au passage les classiques et morceaux moins connus de cette imposante brochette. Le tout, agencé avec toute la fluidité nécessaire pour en apprécier la diversité.

Quoi rajouter d'autres ? Que le spectacle se poursuit puisqu'il y a un deuxième disque ! Oui mesdames et messieurs. Rien de tel pour satisfaire l'appétit mélodique des fans de la première heure. Gracieuseté de J Rocc. Un ami et collaborateur de la maison. Le connaissez-vous ? Devriez en tout cas. Son ancien crew aussi, The World Famous Beat Junkies, anciennement champion par équipe de l'ITF (International Turntablist Federation) en 1997 et 1998. Il y va d'un mix de son cru à travers le répertoire disponible et parions qu'il a bien fait son travail. Je n'en sais rien puisque j'ai reçu une version qui contient seulement le premier CD. Bande d'innocent, c'est quoi l'idée ? Ce genre d'incongruité me fou en rogne, mais bon, il faut bien apprendre à pardonner.

Bref, Stones Throw did it again ! Avec cette double parution, vous avez le beurre et l'argent du beurre comme dirait l'autre. Plein de saveur en perspective. En espérant simplement que le passé soit garant de l'avenir. Allez capturer ce moment de magie dans un bon détaillant près de chez vous dès maintenant.

17 janvier 2007

Nas - Hip Hop Is Dead (DefJam)

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Nas est maintenant chez DefJam, quel retournement de situation ! Après s'être livré il y a quelques années à une guerre verbale à finir avec Jay-Z, l'actuel président du célèbre label, il s'est réconcilié avec son ennemi juré avant d'accepter l'invitation d'intégrer la formation à ses côtés. Ce nouveau départ l'a visiblement motivé. Voici donc le fruit de ses récents labeurs, son effort le plus inspiré depuis des lunes.

Construit autour d'un sujet précis, le titre résume bien l'état d'esprit du rappeur de Queensbridge. Lorsque Nas avance que le hip-hop est mort, il ne fait que constater la tangente négative prise par son mouvement depuis la dernière décennie. En effet, le concept d'industrie est peu à peu apparu, s'axant sur la célébrité instantanée et devenant du même coup galvanisé par les revenus financiers. Tout ça, au détriment de la création artistique et de l'originalité. Comment ne pas lui donner raison. C'est une évidence même que la qualité est de nos jours étouffée par la quantité. Bref, que le rap du moment, en général, demeure souvent facile et insipide.

Déterminé à remettre les pendules à l'heure juste, il combat de main de maître la situation qu'il dénonce sur ce nouvel opus, et prouve hors de tout doute que l'âme véritable de cette musique existe toujours. Au niveau de l’exécution verbale, l'homme est définitivement au sommet de son art. Sa prose, comme toujours, est d'une intelligence qui fait malheureusement défaut à d’autres. Aidé par les productions efficaces de L.E.S & Wyldfyer, Scott Storch, will.i.am, Kanye West, Dr Dre, Stargate ou encore Chris Webber. Et accompagné en plus des apparitions de Jay-Z, The Game, Snopp Dogg, Chrisette Michele et sa femme, la chanteuse Kelis. Ce concentré d’ingrédients de premier plan procure une oeuvre très satisfaisante, pleine de maturité et hautement achevée. Une des grandes réussites de 2006 ! Si seulement la moitié des jeunes prétendants peuvent s’en inspirer, la vitalité du rap est assurée…

16 janvier 2007

Styles P - Time Is Money (Ruff Ryders)

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Pour être bref, Styles P (natif de New York) est un membre du défunt groupe The Lox. Formation ayant compté également parmi ses rangs Jadakiss ainsi que Sheek Louch qui fut signé vers la fin des années 90 sous la bannière de Puffy, Bad Boys Records. Depuis ce temps, on a pu l'entendre sur une multitude de mixtapes et notamment, sur un album solo (A Ganster and a Gentleman) lancé en 2002. Il a depuis reformé un groupe avec Jadakiss et Sheek Louch, en plus de Jae Hood (du crew Dipset), appelé D-Block. Le quatuor prépare un disque qui doit sortir prochainement. Pour être franc en partant, je n'ai jamais été un amateur des gens mentionnés plus haut. Cette situation, dans le cas de Styles P, ne changera en rien pour moi avec son récent disque. Faite comme le titre (d'une banalité à souligner) l'indique, ne perdez pas votre temps à dépenser quelques sommes d'argent que ce soit pour acquérir cela. Le tout (12 chansons) met en vedette un ramassis de rimes entendues maintes fois dans le passé sur des beats qui n'ont franchement rien de nouveau à offrir. À part peut-être la collaboration avec Talib Kweli, et les productions de Hi-Tek, Huu Banga et The Alchemist, le reste est préfabriqué et on peut facilement s’en passer.

10 janvier 2007

The Game - Doctor's Advocate (Geffen)

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Difficile de parler du nouveau The Game sans faire référence à la controverse l'ayant entouré après la sortie hautement acclamée de son premier, The Documentary, lancé en janvier 2005. Tout a commencé par une guerre de mot entre 50 Cents et lui, qu'on peut résumer par le simple slogan « G-Unot. » C’est l’arroseur qui fut finalement arrosé. Game, face à la controverse, dû quitter le nid douillet du bon docteur Dre sous les pressions de ce dernier. Et ce, malgré le fait qu’une collaboration était en chantier entre eux pour la suite du premier album. C’est l’industrie qui eut finalement le dernier mot. En effet, 50 est sous contrat avec Interscope et cette dernière distribue le label de Dre, Aftermath. Il était donc plus facile pour Andre Young de foutre son ami à la porte que de porter ombrage à une alliance commerciale de cette taille.

The Game se retrouva donc seul devant beaucoup de travail. Tâche ardue à première vue, si l'on considère l'abandon en cour de route d'une pointure comme Dre. Heureusement pour lui, et donnons à l'artiste un certain mérite, la haute qualité de ses premières frasques a suffit amplement à lui ouvrir les portes d'une véritable équipe d'étoiles. Difficile en effet d'avoir mieux sur le marché : Just Blaze, Scott Storch, Kanye West, Will.i.am, Neptunes, Swizz Beatz et Hi-Tek... Les beats sont d'une solidité remarquable. Un peu tannant par contre, le côté uni dimensionnel du propos, Dre, Dre, Dre... Son nom revient à lui seul 42 fois sur l'album. L'ultime hommage au rap de Compton, je veux bien, mais, faut quand même pas abuser du sujet. Le jeune loup est cependant fort à l'aise dans son rôle de gangster et rap déjà comme un vétéran, ça compense pour la redondance du propos. Mais il a l'éloge un peu facile, deux albums sous la ceinture, c'est peu pour s'auto proclamer de cette façon. On verra mieux avec le prochain s’il a vraiment l'étoffe d'un grand...

09 janvier 2007

Jay-Z - Kingdom Come (DefJam)

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Quelqu'un a-t-il cru Shawn Carter ne serait-ce qu'un instant, à savoir que son précédent, The Black Album allait réellement être le dernier de la lignée ? Bien sûr et quoi encore… Une grosse opération de marketing orchestré avec un savant manque de subtilité. Le scénario facile : je quitte en pleine gloire, me faisant rare pour un temps, la machine à rumeur démarre... Reviendra, reviendra pas ? Lorsque la situation atteint son paroxysme, je propage la bonne nouvelle et c’est le délire, après trois longues années d’absence, le roi est enfin de retour ! C'est précisément pourquoi j'éprouve une certaine déception face à Kingdom Come. Le produit n'est simplement pas à la hauteur d'un tel drame.

Confortablement assis sur ses lauriers, il donne parfois l’impression d’être carrément sur le pilote automatique et certaines rimes goûtent un peu le réchauffé. Malgré tout, il y a du très bon à travers les 14 morceaux. Ainsi que sur le deuxième disque qui contient une quinzaine de minutes captées lors d'un récent spectacle. Il n'a pas volé sa réputation et il figure encore parmi les meilleurs de sa profession. Sans parler des producteurs adjoint au projet, du bon travail de Just Blaze et Dr Dre en particulier. B-Money, Kanye et DJ Khalil (une chaque) se tirent eux aussi très bien d'affaire. Peut-être deux ou trois beats moins intéressants ternissent un peu l'ensemble, mais sans plus. Soyons francs, la performance mérite sans contredit une place en série, mais ce n'est toutefois pas suffisant pour gagner un championnat. Keep ballin' Hovva ! La saison prochaine peut-être…